Que cache le mystère Hadj-Djilani ?

Pourquoi Ali Laskri tient-il autant à Mohamed Hadj-Djilani ? Pourquoi s’acharne-t-il à le maintenir malgré toutes les démonstrations de l’incontestable illégalité de sa nomination? Aucune réponse de « la crème des hommes » n’a réussi à convaincre les militants. Pourtant il y a bien quelques indices qui pourraient éclairer sur les raisons de cette obstination.  

Retour en arrière

La démission d’Ali Laskri le 11 février 2018 (1) est intimement liée au maintien de Hadj Djilani à son poste de premier secrétaire. Dans le communiqué qu’il a transmis à la presse (alors que maintenant il reproche aux cadres de rendre publique leur démission), M. Laskri prétendait que le congrès extraordinaire provoqué par sa démission « sera dans l’intérêt salvateur du parti… ce qui va amener une nouvelle dynamique d’espoir de tout un peuple ». Ce bout de phrase illustre clairement des pulsions de pouvoir tout à fait étonnantes, une forme de mégalomanie benoîtement assumée. Sa démission de grand Leader sauvera donc le parti et le peuple.

La preuve du contraire en a été établie, au moins pour le parti (pour le peuple on ne sait pas…) tout au long de cette année calamiteuse pour le FFS.

Ainsi, il s’est avéré qu’Ali Laskri a préféré démissionner pour provoquer un congrès extraordinaire. Les conséquences de cette initiative sont connues. Ce que l’on sait moins est qu’elle était motivée par le fait que ce militant effacé et débonnaire d’apparence ne supportait pas que ses décisions soient remises en cause par ses pairs.

Celui qui répète ad nauseam qu’il est « la crème des hommes » se voyait déjà dans ses fantasmes de grandeur comme le président incontestable du FFS. Le seul et unique remplaçant de Hocine Aït Ahmed. Comment oserait-on le contredire et mettre en doute son autonomie de jugement et ses capacités fulgurantes d’analyse?

Ali Laskri a provoqué une crise qui a mis le parti en lambeaux en une année seulement. L’appareil du parti est complètement spasmé, les militants désemparés et la vision politique, s’il en est une, parait pour le moins approximative. Tout cela pour qu’Ali Laskri trône seul au sommet du parti du regretté Aït Ahmed.

Ragaillardi par la victoire de son équipe (Mohand Amokrane Chérifi, Hayet Taïati, Brahim Meziani et Sofiane Chioukh) le 20 avril 2018, Ali Laskri se lance dans une purge démente, il vide le secrétariat national et les différentes commissions du parti des cadres d’expérience et installe des personnages à sa botte dans toutes les structures du parti. Le secrétariat national pléthorique est composé d’une quarantaine de personnes. Du jamais vu.

Ensuite est venu le temps de l’exclusion et des suspensions (2) : Salima Ghezali, Chafâa Bouaiche, Hassen Ferli, Hakim Kridi, Soraya Louz, Abderrezak Zemouri. L’objectif est bien entendu de faire le vide, d’organiser un congrès sur mesure afin qu’il apparaisse comme le seul candidat à la succession.

Toute cette basse besogne, ces coups fourrés au service de l’irrésistible ascension d’Ali Laskri sont exécutés sans état d’âme par Mohamed Hadj Djilani.

Les complice d’hier se déchirent aujourd’hui

Lors du conseil national du 25 janvier (3), à la surprise générale, Hayet Taïati fait détonner une bombe : elle démet sine die Hadj Djilani de ses fonctions pour non-conformité avec les statuts du parti. Le lendemain Ali Laskri et Mohand Amokrane Chérifi le confirment à son poste. Face à cette situation ou les statuts sont ouvertement bafoués, plusieurs secrétaires nationaux, parmi les plus respectés, démissionnent dans la foulée. Le Néo-FFS, perdu dans des intrigues de caniveau, se retrouve dans une impasse.

Après un long silence, Ali Laskri décide de sortir du bois pour s’entretenir avec une journaliste de La Dépêche de Kabylie. Au mépris des évidences, il maintient avec aplomb que la nomination de Hadj-Djilani est conforme aux statuts. Il va même jusqu’à affirmer qu’il ne comprend pas la sortie de Hayet Taïati, alors qu’elle était d’accord avec la nomination de Hadj Djilani quand sa non-conformité était évoquée à l’époque par Hassen Ferli.

On revient ainsi au point de départ. L’entêtement d’Ali Laskri à maintenir Mohamed Hadj Djilani provoque une autre crise, mais cette fois avec les complices d’hier. 

Dans la même interview, il informe que le congrès national aura lieu après juillet. On note, sans grande surprise au vu des prestations de la direction du Néo-FFS, qu’un événement aussi important n’est pas annoncé de façon solennelle et officielle. L’information est lancée au détour d’une phrase dans une interview consacrée essentiellement à la crise du Néo-FFS. La désinvolture de la forme outre qu’elle traduit un autoritarisme nouveau dans les usages du parti, montre la légèreté et le manque de rigueur de celui qui voudrait passer pour un responsable de premier plan.

Deux jours après la publication de l’interview, Hassen Ferli et Chafâa Bouaiche publient chacun de son côté des mises au point précises et implacablement irréfutables sur le caractère non conforme de la nomination de Hadj Djilani.

De quelle légitimité peut encore se prévaloir Ali Laskri et de quelle autorité morale peut-il se targuer alors même qu’il est mis face à ses inconséquences et ses incohérences? Car dans cette controverse, il est purement et simplement accusé de mensonge éhonté par d’anciens cadres et de violation manifeste des statuts du parti.

Qu’est-ce qui motive le soutien déterminé du « coordonnateur de l’instance présidentielle » à M. Hadj-Djilani ? Quels secrets détient ce premier secrétaire pour s’accrocher contre vents et marées ? Quel pacte lie Ali Laskri et Hadj Dilani ? Ali Laskri serait-il à ce point isolé qu’il ne fait plus confiance à aucun membre du conseil national pour nommer un nouveau premier secrétaire? 

Une chose apparait certaine, le FFS est en train d’agoniser dans des affres que tout un chacun peut percevoir par la faute de l’entêtement d’un « apparatchik sans envergure » dévoré par l’ambition.

Sans un sursaut énergique des militants et des cadres du parti, le FFS pourrait disparaître de la scène politique au moment où le pays a le plus besoin de ce parti.

FC

(1) Lire la série d’articles parus dans Algeria-Watch

(2) FFS, chroniques : Exclusion de Salima Ghezali et suspension de Chafâa Bouaiche : L’amputation et la régression

(3) FFS, chroniques : Néo-FFS : Hayet Taïati explose l’instance présidentielle