Néo-FFS : La Fédération d’Alger au cœur des enjeux de pouvoir

La Fédération d’Alger apparaît au fil des jours comme l’objet d’une lutte féroce. Elle est convoitée par différents cercles dirigeants du Néo-FFS, dont l’association scellée par le putsch scientifique d’avril 2018 a volé en éclats. Le contrôle de cette fédération serait une prise de guerre lourde de signification.

Il apparait ainsi entre intrigues et péripéties peu glorieuses que la direction du parti mutant veut mettre la main sur cette importante structure afin d’assurer d’une représentation « appropriée » dans la perspective d’un éventuel congrès national. Assumant sa rupture avec le triumvirat qui dirige concrètement le parti, Hayet Taïati, seule femme membre de l’Instance Présidentielle, ne cache pas sa volonté d’utiliser la Fédération de la capitale pour constituer une base et en user comme levier pour élargir ses marges au sein du parti en transformant l’essai de l’incident occasionné lors de la dernière session du secrétariat national. Enfin, des apparatchiks agissent en électrons libres et tentent de manœuvrer avec les uns et les autres pour se maintenir aux avants postes du parti.

Face à ce cloaque d’opportunisme, d’amateurisme et de népotisme émerge un groupe de militants qui souhaiterait reprendre en main le destin de la Fédération pour mettre un terme à une pétaudière indécente, qui n’a que trop duré. 

La Fédération, prise de guerre et pomme de discorde

En effet, excédés par l’immobilisme, les exclusions à tour de bras et les méthodes délinquantes, des militants de la Fédération d’Alger ont décidé de prendre l’initiative afin de remettre leur structure sur les rails.

Un document signé par les deux tiers du conseil fédéral d’Alger annonce conformément aux statuts du parti la tenue d’un conseil fédéral extraordinaire pour mettre un terme à la situation intenable que vit la fédération depuis le congrès extraordinaire du 20 avril 2018. Intimidations, pressions et insultes sont devenues des pratiques courantes au sein de la cette fédération.

Après plusieurs semaines de discussions et de tractations, les militants ont décidé de passer à l’acte en convoquant un conseil fédéral extraordinaire. Seul moyen à leur disposition pour arracher leur Fédération des mains de ceux qui défigurent l’image du parti.

En militants légalistes, les initiateurs ont remis le document au premier secrétaire, Mohamed Hadj-Djilani, pour l’informer de la tenue de la réunion. Mais devant les risques de la tenue d’un tel conseil, qui fausse les calculs des uns et des autres, la direction freine des quatre fers, tentant de faire capoter l’initiative. Parallèlement au blocage de la direction, quelques apparatchiks aux allégeances chancelantes et à bout de course entreprennent des manœuvres pour mettre en échec l’initiative militante.

La pression de la base algéroise s’accentuant et devenant trop forte, la direction a trouvé un subterfuge pour déjouer la démarche formellement inattaquable des militants de la capitale. Quelques jours avant la date de convocation du congrès fédéral extraordinaire, le secrétaire national chargé des fédérations envoie par sms une invitation aux militants pour une rencontre fédérale le samedi 2 février en début d’après-midi. Les militants n’ayant pas pris au sérieux son message, c’est le premier secrétaire Mohamed Hadj-Djilani qui prend sur lui de transmettre le même message par sms avec deux éléments à l’ordre du jour : point politique, point organique.

Ayant parfaitement déchiffré la manœuvre, les militants d’Alger ont décidé tout de même de se rendre au siège national pour avoir le cœur net et réitérer solennellement leur décision de de tenir un conseil fédéral extraordinaire.

Le Putsch dans le Putsch

Une fois arrivés au siège quasi désert, ils n’ont pu constater qu’ils n’étaient pas attendus et que le premier secrétaire n’était pas présent pour les accueillir conformément aux usages. Des rumeurs affirment même que Mohamed Hadj-Djilani et Ali Laskri n’ont pas mis les pieds au siège depuis plusieurs jours.

Mais à la grande surprise des militants, se trouvait dans les lieux la dame Taïati, accompagnée du triste sire Hadj Mansour, le président de la CAF d’Alger, de Boualem Haddad, homme de main connu de tous et éjecté au dernier conseil national, ainsi que Hmimi Bouider, secrétaire national fraichement démissionnaire. Le quatuor agissant en groupuscule annonce tout de go la lecture d’une déclaration au nom du conseil fédéral. Or, le conseil fédéral n’a même pas eu lieu. Retenant leur indignation, les militants ont laissé M. Hadj Mansour lire sa déclaration qui énonce en substance que le premier secrétaire doit quitter ses fonctions. Les auteurs de la déclaration voulaient ainsi faire entériner le texte par les militants présents.

Lucides, les militants d’Alger ont déjoué le stratagème de Mme Taïati et de ses partenaires. Immédiatement après la lecture de la déclaration groupusculaire, un représentant des militants a pris la parole pour se démarquer clairement de la déclaration de Mme Taïati et il a annoncé que le conseil fédéral extraordinaire se tiendra le 16 février, soulignant que ce qui s’est passé ce jour-là n’était en aucun cas un conseil fédéral.

Ainsi, Mme Taïati, se cherchant désespérément une monture pour réaliser l’objectif de dégommer M. Hadj-Djilani, a voulu grossièrement se servir des militants d’Alger comme cheval de bataille dans sa tentative de putsch dans le putsch…

Au bout d’un échange impossible, Hayat Taïati, dépourvue d’expérience militante, de savoir-faire et de charisme, s’est retrouvée désemparée au centre de la cour devant le siège entourée de comparses perdus et ne sachant visiblement que faire. La prise d’assaut de la Fédération a piteusement échoué.

Des questions lancinantes

Les militants sont repartis comme ils sont venus, avec un sentiment de perplexité exacerbé. La faiblesse sidérante du niveau politique de l’instance présidentielle s’est encore étalée au grand jour. Tous se demandent quelles sont les raisons de cette rupture spectaculaire. Que s’est-il passé depuis le congrès extraordinaire du 20 avril pour que Mme Taïati brise le pacte qu’elle a conclu avec le trio Chérifi-Laskri-Hadj-Djilani?

Elle devra expliquer un jour ou l’autre les causes de ce revirement frontal; elle qui a joué un rôle important dans « le coup d’état scientifique » du 20 avril 2018, qui l’a mené contre toute attente à devenir membre de l’instance présidentielle.  

Jusqu’où ira Hayat Taïati pour réaliser ses ambitions politiciennes? De quelle légitimité peut encore se prévaloir une instance présidentielle sans prestige ni compétence, ouvertement divisée en factions violemment antagonistes? Comment les militants, les sympathisants et plus largement la société algérienne vivent ils ces convulsions ? Comment sortir de cette impasse de discrédit et de perte de respectabilité politiques?

Ces questions lancinantes doivent trouver rapidement une réponse faute de quoi c’est l’avenir du parti qui est menacé.

FC