Le Néo-FFS, de crise en crise: La base en ébullition

Ali Laskri

Peu d’observateurs ont été convaincus par la nature des motivations du boycott par le néo-FFS de l’élection présidentielle du 18 avril prochain. En revanche, beaucoup partagent la même analyse : il s’agit d’une gesticulation destinée à la consommation interne. Le trio Chérifi-Laskri-Hadj-Djilani et leurs relais tentent de sauver tant bien que mal les apparences devant la situation désastreuse dans laquelle ils ont plongé le parti. Ils adoptent ainsi, à peu de frais, une posture théâtralement radicale pour se donner une consistance politique face à des militants indignés ou écœurés.

Pris de court et déroutés par l’intervention incendiaire de Hayat Taïati lors du dernier conseil national, les autres membres de l’instance présidentielle n’ont eu d’autre issue que la fuite. Au vu et au su de tous, ils ont quitté piteusement la salle, refusant ainsi d’assumer leur responsabilité individuelle et collective, en tant qu’instance décisionnelle, face à un conseil national arrivé à un point de rupture.

Le trio Chérifi-Laskri-Hadj-Djilani n’a même pas organisé une conférence de presse pour expliquer sa décision de boycott « actif ». On peut se demander d’ailleurs à quoi pourrait ressembler un boycott « inactif » ou « passif » … Mais ces incertaines « trouvailles » sémantiques ne sauraient éluder une discussion dont les dirigeants du Néo-FFS ne veulent surtout pas, ils rasent les murs de crainte d’être interpellés par les journalistes ou les militants. Cette direction s’est courageusement repliée au siège national du parti transformé en camp retranché, hantée par la crainte de voir les militants révoltés envahir le siège et les chassent définitivement du parti.  

Comment ce trio a-t-il pris cette décision? Ces hommes ont-ils consulté les militants? Ont-ils exploité et analysé des informations sur l’état du pays et de son avenir? En somme ont-ils réfléchi avant de lancer cet appel au boycott? La décision a été expédiée en deux temps trois mouvements comme s’il s’agissait d’une simple note administrative. Il n’y a ni argumentation sérieuse, ni analyse rigoureuse, ni perspective. C’est l’expression concrète d’un degré zéro de la politique.

Du congrès extraordinaire/ putsch « scientifique » à la situation présente

Les événements qui se succèdent le démontrent implacablement : la démission tactique d’Ali Laskri et le congrès extraordinaire qui s’en est suivi sont deux étapes d’un putsch masqué derrière l’écran de fumée de la conformité statutaire. L’objectif ultime de la manœuvre est, on peut le constater au fil des exclusions, est d’effacer le FFS de la scène politique dans une des conjonctures des plus dangereuses pour l’avenir du pays.   

L’appel aux bas instincts et à l’autoritarisme sont les instruments principaux d’une stratégie d’amputation pour neutraliser de facto le parti. La succession d’exclusions des cadres les plus proches de la ligne de Hocine Aït Ahmed menée au pas de charge et en un temps record a mis les militants dans un état de sidération. 

Dans le même laps de temps, afin sans doute de bénéficier le plus largement d’une prééminence administrative, le népotisme de Ali Laskri et de ses associés se manifeste avec impudence à travers des nominations familiales et des cooptations fondées sur des connivences subjectives ou des allégeances personnelles.

En moins d’une année, la direction issue du congrès du 20 avril 2018 a plongé le parti dans une impasse délétère, sapant le moral des militants en portant atteinte à une histoire bâtie sur d’immenses sacrifices depuis plus de 50 ans. La seule dimension perçue par une opinion bien plus sensible à la politique qu’on voudrait le faire croire, est celle des convulsions, de l’interminable guerre intestine et du néant programmatique.

Opacité politique et … financière

Lors du conseil national du 25 janvier, Madame Taïati a dégoupillé une grenade à fragmentation en soulignant l’absence du bilan financier du premier secrétaire, jetant la suspicion sur une direction qui se prévaut de transparence et prétend à l’observance rigoureuse des statuts.

La question de la gestion financière opaque du parti avait été soulevée discrètement depuis plusieurs mois par des militants. Sans réponse. Devant le silence persistant sur le bilan du parti, les rumeurs les plus diverses courent dans les sections au sujet de l’absence de reddition de compte.

S’abriter derrière des faux-fuyants et accuser comiquement les critiques de « calomnies mensongères » ne fait que corroborer des soupçons on ne peut plus légitimes tout en exposant le niveau de dirigeants sans assise intellectuelle effective.

La dimension financière, particulièrement sensible, risque fort de provoquer une déflagration qui pourrait irrémédiablement compromettre le triumvirat Chérifi-Laskri-Hadj-Djilani. Plus qu’une maladresse, sous-estimer la capacité des militants et des cadres du FFS à réagir constituerait une faute grossière. C’est sans doute cette crainte de voir leur gestion directement mise en cause qui interdit à ce trio, qui n’a jusqu’ici provoqué que désordre et dislocation, de clarifier ses intentions s’agissant de la prochaine étape décisive dans la vie organique du parti.

Le Congrès sans agenda ni horizon…

L’organisation du congrès que doit tenir le parti cette année est au point mort. Pas un mot n’est prononcé par le triumvirat à ce sujet, aucune date n’a été annoncée. Sur le plan organique, l’installation des CAS (commission administrative de section) et des CAF (commission administrative fédérale) est une faillite intégrale. À Alger, par exemple, l’échec est patent et sans appel. D’ailleurs cette opération n’a fait l’objet d’aucune évaluation aux instances du parti.

Dans les conditions actuelles, le parti est incapable de tenir son congrès dans les délais réglementaires. Une situation qui mettrait le parti tout entier dans une situation de vulnérabilité face à un système qui n’attend que le moment propice pour intégrer enfin le dernier bastion de l’opposition réelle dans sa clientèle. Le mutisme autour de l’organisation de cette manifestation majeure nourrit la perplexité de militants de plus en plus inquiets par la tournure des événements.

Il est en effet essentiel de ranimer au plus vite l’esprit de responsabilité et les capacités d’analyses et d’action des militants pour sauver un parti dont l’existence est vitale pour le futur du pays. Le Congrès est la dernière instance souveraine réellement indépendante, c’est entre ses seules mains que se tient l’avenir du parti, dans le rebond ou le déclin…

C’est sous ce jour que l’on peut s’interroger sur la nature réelle de l’objectif de la clique qui dirige le Néo-FFS. Le désordre actuel permet en effet d’occulter des enjeux vitaux. Ne s’agirait-il pas pour ces aventuriers de mettre le parti hors-la loi pour le placer dans une situation intenable face à la bureaucratie du régime? Clairement tout semble aller dans ce sens en offrant aux ennemis de la démocratie un argument « légal » pour écarter finalement un acteur qui les a toujours dérangé.

Le Néo-FFS parviendra-t-il à torpiller le FFS?

FC