Le Néo-FFS tente de bâillonner Salima Ghezali

 

Il est important d’observer avec attention l’évolution de la crise interne du FFS. Il s’agit clairement pour les analystes et les chercheurs d’un banc-test exemplaire d’un processus de caporalisation du seul parti politique indépendant en Algérie. L’histoire retiendra que Ali Laskri et ses épigones ont dévitalisé le parti, paralysé son fonctionnement et vidé le FFS de sa substance politique. Ce faisant, ces aventuriers ont peut-être engagé un processus de dissolution. L’avenir le dira.

Cinq mois après le congrès extraordinaire qui a consacré la victoire d’une liste constituée autour d’Ali Laskri et de Mohand Amokrane Cherifi, le parti est réorienté graduellement vers des objectifs dont la nature se précise chaque jour davantage. Le « coup d’état scientifique » sous forme d’une opération bureaucratico-organique, loin de « rendre le parti aux militants » comme le proclamait son auteur principal, n’a d’autre but que d’accaparer le parti pour le réduire à un appareil au service d’ambitions personnelles démesurées qui convergent avec les desseins du régime. Il s’agit bien de transformer le FFS en accessoire de propagande destiné à crédibiliser la vie politique factice instaurée par les marionnettistes du putsch du 11 janvier 1992.

De quoi la marginalisation de Salima Ghezali est-elle le nom ?

La première décision du Néo-FFS a été d’écarter la députée d’Alger des structures du parti. La méthode aura permis à Ali Laskri et ses associés d’agir sans qu’une voix dissidente vienne troubler leur plan. Car quoi qu’en disent certains sans consistance ni culture politique, Salima Ghezali, avec d’autres bien évidemment, incarne la conscience vivante du parti; cette conscience qui a traversé les années de feu et de sang pour éviter que le FFS sombre et demeure l’instrument du combat patriotique et démocratique voulu par les fondateurs en 1963.

Comment une personnalité reconnue pour son engagement constant depuis tant d’années auprès de Hocine Aït Ahmed et auprès du FFS peut elle être écartée aussi facilement pour être remplacée par une cohorte de médiocres apparatchiks anciens et nouveaux ?

Autre élément de la stratégie de mise à l’écart des compétences : son éviction de la direction de Libre Algérie. Elle avait pourtant réussi, avec d’autres contributeurs, à ressusciter ce journal par des apports substantiels aux débats politiques. La qualité des textes publiés sous la direction de Salima Ghezali avait fait de ce journal une voix qui compte.

Dans sa course destructrice, le Néo-FFS ne s’est pas contenté de sa mise à l’écart et de sa placardisation. Les lumpen-apparatchiks voudraient lui faire subir un procès de type stalinien pour la mettre à l’index d’abord et l’exclure ensuite du parti pour l’écarter ainsi du prochain congrès.

Quelle est le prétexte de sa convocation à la commission de médiation ? La raison est troublante : Son adresse impeccable au général Gaïd-Salah à l’occasion de la commémoration du 20 août.

Ainsi donc, le Néo-FFS instaure la censure contre une de ses députés. Mais il ne faut pas se tromper, les apparatchiks ne vont pas lui reprocher le contenu de l’article car ils en sont bien incapables. En fait, ce qui les dérange est qu’elle s’exprime et leur fasse de l’ombre. Ce qui est visé est sa capacité à nourrir la base militante d’idées et d’analyses politiques dignes de ce nom. Il s’agit pour la nouvelle équipe d’empêcher Salima Ghezali de jouer un quelconque rôle à l’avenir.

Pour le plus grand profit du régime

En agissant ainsi, le Néo-FFS rend service au régime qui ne veut surtout pas d’une telle personnalité intraitable et crédible au sein du parti capable de fédérer des énergies militantes internes et en dehors de l’organisation. En privant le parti de cette personnalité de premier plan, le Néo-FFS veut donner des gages supplémentaires au régime.

La responsabilité de la nouvelle direction dans l’affaiblissement du parti est incontestable, les éléments tangibles de cette orientation sont accablants et indiscutables. Pour sauver ce qui peut encore l’être, les centaines de militants et de cadres qui observent avec sidération la transformation de leur parti doivent réagir avant qu’il ne soit trop tard.

Cette phase est cruciale pour le parti. Les militants ont le devoir de résister fermement à la dépossession dont ils font l’objet depuis plusieurs mois. S’ils n’agissent pas ouvertement, ils risquent de perdre leur parti définitivement livré à une clique de troisième zone et surtout, pour le plus grand profit du régime. Dans la situation actuelle de décomposition du pouvoir et des menaces sur l’État, le coût politique au-delà du parti lui-même sera assumé par le pays tout entier.

FC