Consensus national : Laskri s’égare et personne ne le remet à l’ordre

Consensus :  l’accord et le consentement du plus grand nombre (Dictionnaire Larousse)

Le concept du consensus national proposé par le FFS tire sa substance de sa profondeur historique, de ses luttes et des principes sur lesquels elles se sont fondées. Le consensus auquel a appelé le parti en 2014 dépasse les courants, les doctrines et l’idéologie. Car il s’agit d’œuvrer pour trouver un terrain d’entente dans la perspective de construire un État de droit, le maillon manquant depuis l’indépendance. C’est bien l’objectif que cherche à atteindre le FFS depuis sa création en 1963.

Il suffit de revisiter la démarche de Hocine Aït Ahmed pour comprendre que son objectif est de rassembler sans exclusive tous les acteurs de la scène nationale pour trouver une sortie honorable à une crise interminable.

Déjà l’accord signé par Hocine Aït Ahmed avec son ancien geôlier Ahmed Ben Bella à Londres, en 1985, qui s’intitulait Proclamation pour l’instauration de la démocratie en Algérie exprimait très clairement l’aspiration suprême du FFS.

Dix ans plus tard, le FFS s’est réuni avec les islamistes du FIS, Abdelhamid Mehri du FLN, Abdellah Djaballah, d’Ennahda, Louisa Hanoune, du Parti des travailleurs, ainsi que Ahmed Ben Mohamed, de Jazaïr musulmane contemporaine, et Ali Yahia Abdennour, président de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme, pour signer Le Contrat national à Rome.

Dans son Mémorandum pour une transition démocratique en 2001, le FFS écrivait « […] Ces mesures seront de nature à créer un climat favorable à l’ouverture d’un dialogue entre le pouvoir et les forces politiques et sociales en vue d’amorcer une véritable transition démocratique. Le cadre, les partenaires et les objectifs doivent être définis d’un commun accord. […} », ce qui confirme le mantra du FFS

À chaque fois, le FFS d’Aït Ahmed transcendait les courants idéologiques et les appartenances partisanes pour tenter de réaliser ce vieux rêve.

L’égarement

laskri-cherifi-ipDepuis quelques semaines, le Néo-FFS semble donner une nouvelle définition au consensus, qui confirme un changement de cap.

Lors de son intervention au meeting de Drâa el Mizan le 11 août, Ali Laskri affirme que « le consensus du FFS est de gauche ». Cette orientation est pour le moins énigmatique. Est-ce que le Néo-FFS veut réaliser un consensus avec les partis de gauche seulement? Comme le Parti des travailleurs, par exemple? Si c’est le cas, ça ne serait plus le consensus originel prôné par le FFS, mais simplement une alliance limitée à un courant politique.

A Ouzellaguen, le 18 août, Ali Laskri précise la tangente du Néo-FFS : « Nous avons donc désormais deux lignes politiques, que le peuple aura à départager à l’avenir soit par les urnes soit par la rue : la ligne du socialisme démocratique au bénéfice de la majorité de notre peuple et la ligne du libéralisme autoritaire au profit d’une minorité bourgeoise naissante liée au grand capital national et étranger ».

Le propos du coordinateur de l’instance présidentielle ressemble plus à un discours électoral, qui s’éloigne de l’idée de réunir l’ensemble des acteurs politiques et associatifs du pays pour arriver à un consensus national dans le but de mettre sur pied les règles devant gouverner la nation. Qu’est-ce qu’un consensus réduit à un ancrage idéologique?

Le Néo-FFS renonce-t-il au projet de reconstruction du consensus national, porté depuis toujours par le FFS et Hocine Aït Ahmed?

Des signaux avant-coureurs annonçaient déjà la couleur. Lorsque Abderrezak Mokri, le chef du MSP, s’est accaparé du consensus national pour l’inscrire dans la logique de l’élection présidentielle de 2019, le Néo-FFS n’a même pas fait l’effort de défendre son projet. Après la rencontre de M. Mokri avec les dirigeants du parti au siège national, le Néo-FFS s’est contenté d’un communiqué laconique, digne de l’APS, annonçant la visite d’une délégation à un ministre quelconque. Du fond, pas un mot.

L’histoire montre que parfois des idées nobles sont ruinées par ceux-là même qui sont censés les défendre et les promouvoir. L’absence de conviction, le manque de vision et la défense d’intérêts égoïstes sont souvent à l’origine de l’échec.

FC