Ali Laskri, la nouvelle coqueluche de la presse algérienne

Le FFS bénéficie d’une couverture médiatique sans précédent, aussi bienveillante que soutenue. Jamais auparavant ce parti et ses dirigeants n’ont joui de la moindre aménité de la part d’une presse « indépendante », dont la soumission, entre manne publicitaire sélective et contrainte autoritaire du régime via ses appareils de police politique est un secret de polichinelle (1).

La démission d’Ali Laskri de l’instance présidentielle a provoqué un élan unanime de sympathie « médiatique » envers le FFS. Jamais Hocine Aït Ahmed, dirigeant historique de la Révolution algérienne et fondateur du parti, n’en a bénéficié de son vivant.

Traduisant une approche sortant de l’ordinaire, les diverses activités organiques du parti sont couvertes régulièrement par les journaux et les communiqués relayés presque in extenso.

Bien sûr, pour donner une apparence d’objectivité, quelques courts papiers ici et là donnent un aperçu de la crise interne, mais sans vraiment développer sur les tenants et aboutissants du conflit, réduisant le séisme qui frappe le parti à un affrontement entre personnes. On cite ceux que l’on désire promouvoir, les autres sont tus et ignorés ou dénigrés. La méthode de manipulation est connue depuis la naissance de la guerre psychologique : personnaliser c’est dépolitiser.

Quelques exemples particulièrement éloquents illustrent cet engouement soudain pour le néo-FFS.

Partition unique pour chorale disciplinée

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Ali Laskri et Mohand Amokrane Chérifi

Dans un article daté du 5 août, Le Soir d’Algérie rend compte de la réunion organique animée la veille par Ali Laskri à Annaba. Le titre donne déjà le ton : L’offensive d’Ali Laskri. Le mot « offensive » est utilisé trois fois en début d’article.

Quel a été donc la teneur de l’intervention d’Ali Laskri à Annaba pour susciter autant d’exaltation du journaliste ?

Hormis la litanie de constats du leader maximo du Présidium du néo-FFS, que chaque Algérien dresse quotidiennement, rien de bien transcendant ou d’original. La construction du consensus national, projet politique essentiel, est réduite à un slogan creux, une incantation sans réelle substance. Quelles sont les mécanismes, les acteurs, les méthodes pour y arriver ? Pas de pistes ni de grille de lecture. Quelles sont les moyens pour y arriver? Aucun signe ne permet de déchiffrer l’approche en termes d’alliances, d’étapes ou de finalités stratégiques.

Ce vide de sens politique ne trouble pas le chroniqueur chargé de la couverture de cette réunion. Le journaliste du Soir assure le service minimum et se contente de reproduire le verbe parfois convenu et souvent nébuleux du chef du néo-FFS.

De son côté, L’Expression, dans son édition du 6 août, observe la même tendance. Il explique que la conviction d’Ali Laskri est « dure comme fer » sur l’urgence de « la mobilisation de tous les acteurs sociaux pour la reconstruction d’un consensus national sur fond de déontologie politique. » Comment le FFS compte y arriver? Aucun éclairage ne vient situer la portée ou donner de la consistance à ce qui ressemble plus à un vœu pieu.

Même son de cloche du côté de Liberté du 5 août. Le journal se satisfait d’un article « light » dont le contenu tient entièrement dans son titre « La seule alternative pour éviter au pays une crise majeure », une phrase extraite du discours d’Ali Laskri à Annaba.

La Nouvelle République a commis un article du même acabit, égrenant les citations de Laskri sur les questions économiques et sociales du pays, en passant par l’état du parti en pointant du doigt « ceux qui ont fomenté des troubles dans et en dehors du FFS avec pour objectif sa déstabilisation ». Une formule qui rappelle très directement « la main de l’étranger » et les « ennemis intérieurs », expressions paranoïaques forgées par les propagandistes du régime pour dénigrer les opposants et tenter d’unifier les rangs face à des adversaires mythiques.

Dans ce chœur à l’unisson, l’enthousiasme manifesté par le quotidien L’Expression se distingue. Avant même sa tenue le 11 août, le journal publie un article sur un meeting du parti à Drâa El Mizan …

Aucune voix critique en revanche. Bien que connue de tous, la crise du FFS n’est pas mentionnée sinon de manière fugace ou allusive et ceux qui s’opposent à la modification de la ligne sont ignorés.

Un soutien révélateur

Les articles mentionnés représentent quelques exemples de l’appréciation médiatique favorable de la nouvelle direction du FFS. Ils forment cependant un ensemble cohérent qui s’apparente à une campagne de basse intensité relayée sans grand talent, mais de manière visiblement coordonnée par une presse pilotée au quotidien par les services policiers spécialisés (2).

Cette presse est bien dans son rôle.

La technique est éprouvée et ses artifices usés jusqu’à la corde. L’opinion ne s’y trompe guère, elle a appris, à ses dépens, à interpréter précisément les messages véhiculés par les folliculaires de la rente (3).

Des militants chevronnés ont entrepris depuis fort longtemps d’éclairer les algériens sur le rôle politique et les méthodes des médias autorisés. La déclaration de Hocine Aït Ahmed dans un message au Conseil national du parti en juillet 2003 en est la synthèse imparable. Le grand dirigeant disparu ne pensait probablement pas que ses propos allaient s’appliquer à son propre parti :

« Aujourd’hui comme hier, la presse privée aux ordres et les médias publics embrigadés ont pour mission de porter la façade démocratique et de fabriquer l’opinion intérieure et internationale ; par campagnes successives ils se mobilisent pour organiser la confusion et la désaffection politiques, encourager la résurgence de toutes sortes d’archaïsme, et tout spécialement pour réactiver le spectre de l’intégrisme. La préoccupation étant, comme toujours, soit de reconduire les notabilités et les élites domestiquées de la société civile et politique soit d’en promouvoir d’autres après les avoir programmées. Il n’y a là, décidément, rien de nouveau dans ce processus rôdé à longueur de décennies : les mêmes manipulations tactiques au service d’un objectif stratégique immuable : Recomposer le champ politique pour ne pas en perdre la maîtrise. Il fallait bien que quelque chose change pour que tout puisse rester comme avant ».

FC